Quel était mon état d’âme lorsque je cherchais « funny cats » sur Youtube?

Crédit: Adobe Stock Photo

Pourquoi ai-je cherché « funny cats » sur Youtube? Quel était mon état d’âme?

Étais-je déprimé, et des chats ou chiens faisant ce qu’ils font de mieux, c’est-à-dire nous faire rire et nous attendrir, m’aurait changé les idées? Est-ce parce que je débordais de joie? Est-ce parce que je n’en pouvais plus de mon collègue râleur? Est-ce parce que mes opinions politiques ont été bafouées par des bouffons? Peut-être suis-je en plein milieu d’un divorce causé par une réorientation sexuelle?

C’est ce que Google, Apple, Facebook voudraient bien savoir sur moi, sur nous; cette information vaut son pesant de cryptomonnaie.

Aviez-vous remarqué que vous pouviez, depuis plusieurs mois, réagir autrement qu’en binaire (je « like » ou je ne fais rien) sur Facebook? On peut maintenant aimer, trouver drôle, se fâcher, s’étonner, s’offusquer…

Signez ici pour divulguer vos états d’âmes

Ce que veut sans doute savoir Facebook, c’est l’état d’esprit dans lequel nous sommes, l’émotion reliée à l’article, la photo, le dessin, la vidéo qui nous a fait réagir.

Multipliez cette donnée par les dizaines de fois que vous interagissez par jour sur cette plateforme, et par le milliard et plus de personnes sur Facebook.

Commence alors à se dresser, jour par jour, une donnée à la fois – des millions de données accumulées – le portrait émotionnel, voire psychologique, au fil des jours, des heures, des minutes, de notre être.

On a dis « oui, je suis d’accord » en se créant un compte sur Facebook. Si si, c’était écrit, c’est toujours écrit. Comme le fait que notre photo de profil et celle de couverture sont toujours publiques, i.e. n’importe qui dans le monde peut y accéder…

Du moment qu’on en est conscient et que l’on a consenti en pleine connaissance de cause hein…

En l’occurence, pourquoi Facebook est-il gratuit? Parce que nous ne sommes pas le client de Facebook mais bien le produit, produit dont l’information parfois très personnelle divulguée (en toute conscience et en y ayant pleinement consenti (sic!)) constitue une véritable vache à lait pour FB, qui vend ensuite ces données aux publicitaires et autres avares de données personnelles; ce sont eux les véritables clients de la plateforme.

Vous voyez pourquoi Facebook lance des satellites et des drones pour tenter d’être parmi les premiers à connecter les 4 milliards de personnes qui ne sont toujours pas connectées à Internet?

C’est gratuit parce que vous n’êtes pas le client de Facebook, mais bien sa vache à lait. 

Apple vient d’effectuer un pas de géant dans le domaine de la vache laitière

Apple vient de faire un pas de géant dans le domaine avec son algorithme de reconnaissance des visages sur le iPhone X; celui-ci va bien plus loin que la simple reconnaissance d’une photo ou d’une image. Catherine Perrin et ses invités en parlaient justement à l’émission Medium Large.

Apple avait fait l’acquisition, en février 2017, d’une compagnie israélienne spécialisée en intelligence artificielle et reconnaissance très poussée du visage: RealFace.

Pensez-vous qu’Apple ne s’en tiendra qu’à la fonction de déverrouillage de votre appareil par reconnaissance faciale?

RealFace se base, entre autres, sur les recherches de Paul Eckman, spécialiste en expression du visage, micro-expressions et leurs lien avec les émotions. M. Eckman a, entre autres, collaboré en tant que consultant scientifique pour la série « Lie to Me ».

Et voilà le problème éthique et moral qui se pose: « D’un point de vue éthique, on ne peut plus se fier à l’idée du consentement éclairé. » croit le professeur de philosophie Jocelyn Maclure.

Je pense que nous en sommes déjà là, notre consentement à l’utilisation des plateformes comme Google, Facebook ou Apple n’est déjà pas très éclairé et cela ira en empirant car il est difficile de comprendre toutes les ramifications des changements que ces géants mettent en production sur une base régulière, ramifications que ces plateformes ne se presseront pas de divulguer, secret corporatif oblige.

En permettant à Apple de déverrouiller son téléphone par une reconnaissance aussi poussée de notre visage, on permet une collecte d’une quantité hallucinante de données sur nous (combien de fois déverrouillez-vous votre téléphone par jour?).

Quel est le potentiel d’accumuler un historique de ce non-verbal sur des jours, des semaines, des mois, des années? Serait-on tenté, chez Apple, de faire un lien entre l’activité online que l’on vient d’effectuer et l’état d’âme détecté par notre téléphone?

Pourra-t-on détecter, par reconnaissance faciale et intelligence artificielle, notre orientation sexuelle, notre Q.I., nos orientations politiques? On va pouvoir payer avec notre visage (cela se fait déjà en Chine). Pensez-vous que l’on s’en tiendra uniquement à votre visage lors de la reconnaissance faciale? L’information qui apparaît dans la champ de la caméra (contexte, endroit où vous vous trouvez, bruits environnants, etc.) ne constituent-ils pas une information bien juteuse à recueillir et accumuler dans le contexte de la vache laitière?

Et si des biais humains s’introduisaient dans ces algorithmes, créant des faux positifs, des mauvaises interprétations, des évaluations erronées, surtout lorsque l’on sait que ces algorithmes, écrits par une poignée de personnes, et donc forcément biaisés, sont ensuite appliqués à une échelle démesurée de plusieurs millions, voire des milliards, de personnes?

Et si ces données étaient utilisées par des gouvernements totalitaires? Et si on vous refusait l’accès à la frontière américaine, ce que l’on fait déjà, en se basant sur ce genre d’information? Après tout, aujourd’hui, on n’hésite pas à exiger que vous divulguiez votre mot de passe Facebook, Apple ou Google… Il suffira bientôt de pointer l’appareil sur votre visage.

Vivons-nous dans un monde où des corporations et publicitaires en savent bien plus sur nous, qui plus est avec notre consentement, que nous-même? Je pense que oui, et cela s’accroîtra vraisemblablement de façon exponentielle.

Même Tim Roth risque de se sentir dépassé bientôt, Because “the truth is written on all our faces” et les machines commencent à faire un bien meilleur travail que lui à le déterrer, sans peut-être tenir compte du fait que cette “science” n’est pas une science exacte…

Happy unlocking!

Et alors donc?

Mettre des balises et règlementer je pense. Ces compagnies engagent des anthropologues, il faudrait également qu’elles engagent philosophes et spécialistes de l’éthique.

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